16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 10:42

Fin juin ; la presse annonce le « succès » du O800 300 30 ouvert en novembre 2009 pour aider anonymement les victimes de violences conjugales tant physiques que morales et psychologiques.

 

1500 appels reçus en six mois. Oui, mais après ? Cela la presse et les médias n’en parlent pas. Car après, rien, nada…

 

Je témoigne ici de mon expérience personnelle. Je suis militante au sein de la Commission Régionale des Travailleurs Sans Emploi de la FGTB Luxembourg et y ai obtenu une aide formidable quand mon compagnon m’a intimé l’ordre de quitter l’appartement que nous occupions alors que je n’avais toujours pas trouvé à me reloger.

 

Décembre 2009, après plusieurs mois d’insultes et d’humiliations verbales en tout genre de la part de mon compagnon, n’en pouvant plus, je forme, pleine d’espoir, le fameux 0800 300 30. Enfin quelqu’un à qui me confier, quelqu’un qui me conseille sur la marche à suivre pour ne pas être lésée.

 

Une très gentille demoiselle me donne les coordonnées du service d’aide aux justiciable de ma région et me conseille également de contacter le CPAS de ma commune afin d’introduire une demande de logement d’urgence.

 

L’assistante sociale du CPAS m’annonce que sur la commune il n’existe pas de logement d’urgence. Je devrai trouver une autre solution. Ils pourront m’aider pour la caution.

 

L’assistante sociale de l’aide aux justiciables me communique la marche à suivre pour faire appel à la justice.

-          introduire une demande pour avoir l’assistance d’un avocat Pro deo ;

-          transmettre le dossier à la justice de paix via cet avocat.

 

Ces démarches prendront plus de 3 mois.

 

Entre-temps, le climat se dégrade. Le 29 décembre 2009, monsieur rentre un peu plus éméché que d’habitude, m’arrache mes lunettes et me gifle. J’attrape mon sac et me rends illico à la police pour déposer plainte. Je ne peux pas accepter ce geste. Le 29 avril 2010, je reçoit l’avis du Parquet : « classement sans suite motivé par un désistement de plainte ; la poursuite paraît inopportune ».

 

Le 16 janvier 2010, nouvelle menace de coups, je m’échappe de la maison et me réfugie chez mes voisins. Il y a un tel verglas qu’il m’est impossible de prendre la voiture. La police vient donc prendre ma plainte chez mes voisins. Le 3 février 2010, la plainte est classée : classement motivé par absence d’infraction.

 

Toujours aucune nouvelle de la justice de paix.

 

Le 12 mars 2010 ; je reçois enfin la convocation tant attendue fixant l’audience au 25 mars. Nouvel espoir. Tant au numéro d’appel qu’à l’aide aux justiciables, on m’affirme qu’étant « victime » je

pourrai garder le logement.

 

Le 18 mars 2010, je dépose une nouvelle plainte (il faut des traces). Suite à la réception de la convocation à la justice de paix, mon compagnon me lance, entre autres : « Si tu vas voir un avocat, je te tue !! » ; « les urnes funéraires sont bon marché pour le moment ».

 

Dans les faits, le juge de paix n’a tenu compte pour rendre son jugement que de nos revenus respectifs. Mes revenus étant jugés insuffisants que pour assumer le loyer et les charges, Je suis AUTORISEE à quitter le logement pour une résidence de mon choix. Ce terme « autorisée » me desservira d’ailleurs auprès du CPAS dans ma demande d’intervention pour le paiement de ma caution locative.

 

Je fais part de mon étonnement à mon avocat. Il me signale que le juge de paix ne tient aucunement compte des faits de violence. Cela relève du pénal et les plaintes seront examinées par le Parquet puis transmises au magistrat compétent . Il fait également la remarque suivante à propos du service d’écoute violences conjugales : quand on veut jouer aux apprentis sorciers, voilà ce qui arrive !!

 

Le 19 avril, je dois à nouveau déposer une plainte car mon compagnon a lu mon courrier et  m’a coupé mon accès à internet.

 

Bien que j’aie insisté pour que mes plaintes (il y en a eu 4 en tout) soient groupées, le Parquet les classe sans suite (raisons insuffisantes, pas d’infraction).

 

L’assistante sociale de l’aide aux justiciables est aussi étonnée que moi. Elle prend contact avec son homologue de l’aide aux victimes de Neufchâteau qui elle a accès au registre des plaintes. Mes plaintes sont toujours dans les registres. Elle conseille que je fasse un courrier au Parquet faisant référence à toutes les plaintes et marquant mon étonnement .Ce que je fais le 12 juillet 2010.  J’attends maintenant la suite qui sera donnée. Le Parquet est maintenant dans l’obligation de me donner plus d’explications. Wait and see !!!

 

Aux dernières nouvelles, la grande majorité des plaintes est ainsi classée sans suite par les parquets comme le confirme Adeline Fraipont du Collectif contre les violences familiales et l’exclusion (CVFE).

 

 

Un nouveau problème risque de se poser. Le magistrat de référence n’est plus un seul magistrat mais les dossiers seront attribués à divers magistrats à tout de rôle ; donc à des personnes pas nécessairement sensibilisées aux problèmes de violences conjugales.

 

Une fois encore, on crée un service, on paie des assistances sociales et entre ces services et la justice, il n’y a aucun lien.

 

Mon assistante sociale m’avoue qu’elle se sent impuissante et se demande pourquoi elle est là. Juste pour rassurer quelque temps les victimes de violences, les calmer, leur donner de l’espoir et puis après ; RIEN. Les victimes sont encore une fois lésées et victimisées une seconde fois alors que les harceleurs et les violents se confortent dans leur impunité.

 

Terminons tout de même par un point positif, grâce à l’aide apportée par le personnel de la cellule des travailleurs sans emploi de la FGTB Luxembourg, j’ai trouvé un logement à l’immobilière sociale et j’ai obtenu un prime d’installation du CPAS.

 

Le but de ce témoignage n’est pas de faire avancer mon propre dossier mais de recueillir d’autres témoignages afin d’ouvrir le débat . Cette situation étant aussi une des conséquences du chômage.

 

Si, comme moi, vous avez été victime de violences conjugales, et que vous ne vous êtes pas sentis(es) soutenus(es) par la justice, vous pouvez prendre contact avec moi via ce blog ou en téléphonant au 0473 75 09 59, numéro de Vincent De Raeve, animateur de la CTSE Luxembourg.

 

Nous pourrions ainsi travailler à plusieurs  sur ce dossier et interpeller les responsables.

 

MC

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Marie-Claude 26/11/2011 14:33


De mon côté, j'ai toujours été très bien acceuillie à la police; une première fois par le policier de garde, ensuite par une policière spécialement formée.


Là où cela ne bouge pas, c'est au niveau des parquets. Ils classent sans suite. Ce n'est donc pas étonnant que les harceleurs et les violents se sentent dans leur droit et intouchables.


Un grand merdi à celle qui m'ont donné leurs témoignages.


En ce jour de lutte contre les violences, j'espère que les juges prendront un jour leurs responsabilités.


 


 

Anna 25/11/2011 20:25


Bonjour,


J'ai également été victime de violences conjugales, toujours classées "sans suite". Cela s'est passé en 2007 et depuis j'ai retrouvé une certaine stabilité et suis "retombée sur mes pieds", mais
ils reste ce "sentimente d'impuni et d'injustice", puisque mon bourreau n'a pratiquement pas eu de séquelles, alors que moi oui.


Pour faire court, la police a dû intervenir par 3 fois (sur plainte des voisins), la 3ème fois ils ont incarcéré mon ex-époux pour 24 heures et m'ont dit d'aller faire constater les sévices
physiques par un médecin (après m'avoir mise à poil pour prendre des photos eux-mêmes des coups et blessure...), et de leur déposer le rapport médical pour joindre à la plainte. Ce que j'ai fait.
Depuis j'ai divorcé, et uniquement aidée par ma famille proche j'ai pû survivre pendant quelques mois avant de retomber sur mes pieds. Mais mon violeur et abuseur d'ex-mari restait toujours libre
et absolument plus inquiété du tout après ces 24 heures de détention. J'ai donc recontacté la police quelques semaines plus tard pour saoi où cela en était, on m'a répondu" cela suit son cours au
Parquet".... Finalement, j'ai trouvé une petite maison à louer, y suis partie habiter avec mes enfants (que monsieur ne prenait plus en charge non plus), puis un an plus tard, un policier
débarque  chez moi et me dit "C'est pour les suites de la plainte pour violences conjugales. est-ce que Monsieur X vous harcèle toujours?" Hébelruée je lui répond que cela fait plus d'un an
que nous sommes séparés, maintenant divorcés, et que je ne le vois plus, alors tout content il me dit "ah ben voilà alors c'est réglé", et me demande de signer son papier d"affaires sans
suite".... voià voilà.


Je suis écoeurée. J'essaie de passer au-dessus depuis un bout de temps mais l'impunité et le sentiment d'injustice me taraudent toujours, j'aimerais savoir s'il y a des organes ou comissions où
je pourrais être active afin de faire prendre conscience du problème. Car il est déjà difficile de se reconnaître comme victime, mais même si on le fait, il semble que cela ne serve à rien de
toutes façons. J'aimerais prendre part à des actions dans ce sens, de reconnaissance et de sensibilisation de toutes les parties impliquées (police, parquet, organes gouvernemenatux , etc).


 

Marie 03/12/2010 09:21



Bonjour,


j'ai eu des nouvelles de l'assistante sociale de l'aide aux justiciables concernant mon dossier.


Les plaintes sont biens regroupées au Parquet mais classées sans suite pour causes insuffisantes. Pour d'éventuelles poursuites, il faut des faits nouveaux de violence.


En résumé, il faut un jour arriver en pièces détachées pour que les violences soient prises en compte. Quand les hommes et femmes de loi comprendront-ils que les violences verbales et
psychologiques font autant, sinon plus de dégâts que les violences physiques. Elles font mal à lâme, au plus profond de l'être. Il faut être très fort pour s'en sortir.



Sabine Masy 05/09/2010 14:45



Ah oui, je sais ce que c'est ....visiblement vous les dérangez ces braves flics bien souvent peu formés ou pas formés du tout à la problématique des violences conjugales....Avez-vous été bien
reçue au moins....Pas comme moi où on m'a fait comprendre gentiment, courtoisement mais fermement que "j'avais mérité les coups" et que je ne "devais plus m'emmerder avec tes conneries..." et je
n'avais pas à les déranger pour ce genre de "conneries"....Et comme dans certains commissariats c'est encore des hommes qui vous reçoivent, une femme qui vient se plaindre, c'est forcément une
emmerdeuse qui vient les déranger dans leur partie de cartes



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