3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 13:30

Dans le cadre de la semaine « Fureur de Lire » organisée chaque année par la Communauté Française, les stagiaires des groupes de remise à niveau du CEPPST (Centre d’Education Permanente de la FGTB Luxembourg) ont travaillé sur le livre « Paroles de chômeurs, récits d’inutilisés ».

Ils ont entre autres participé à des ateliers d’écriture.

 

Nous avons le plaisir de vous faire part de leurs textes.

 

Pour ce premier article, nous sommes avec le groupe de Marche.

 

Pascal Fontaine, le formateur, nous explique comment ils ont travaillé : « J’ai mis en place cet atelier d’écriture avec un groupe de 10 participants composé de 7 femmes et 3 hommes, des francophones mais aussi 2 néerlandophones et 3 russophones, tous travailleurs sans emploi. Ce groupe se retrouve 4 jours par semaine (21h00) pour participer à une formation de remise à niveau des connaissances en français et en mathématique reconnue par le FOREm. Si on y consacre énormément de temps à revoir l’orthographe française de base, je tiens à me positionner dans une démarche d’éducation permanente. Emancipation collective, esprit critique et autonomie sont des valeurs qui traversent l’ensemble de la formation. Mieux s’approprier la langue française à l’oral et à l’écrit et analyser de manière critique la réalité qui nous entoure participent de cette même démarche d’éducation permanente dans mon esprit. Lire les textes du livre « Paroles de chômeurs » et organiser un atelier d’écriture sur le thème du travail et de son absence s’imposaient donc de soi-même dans ce cadre.

 

Avant d’écrire, un tour de table où chacun a pu exprimer sa relation, souvent problématique, à la langue française écrite a été réalisé. Chaque participant a pu rédiger deux textes à l’aide de différentes techniques (brainstorming autour du mot travail, utilisation d’expressions utilisant ce mot, travail en expansion et en permutation de mots, pillage dans d’autres textes…). Le premier devait normalement débuter par la phrase « J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant d’un travail qui m’aime et qui me plaît » inspirée du célèbre vers de Verlaine. Le deuxième texte devait être une lettre d’amour adressée à « travail » sur le mode du manque (« Travail tu me manques ») ou de la rupture (« Travail je te quitte ».).

 

Cet atelier a été suivi de la lecture de certains textes du livre choisis par les participants. Des échanges en ont émergé sur la différence entre emploi et travail. Certains se sont senti moins isolés : d’autres osaient exprimer les mêmes souffrances et révoltes qu’eux mais aussi un bonheur d’être au chômage dénué de culpabilité. Oserais-je dire qu’ils sont repartis ce jour-là riches d’une parcelle d’humanité supplémentaire ? ».

 

Voici donc les textes rédigés lors de cet atelier d’écriture. Nous remercions chacune et chacun des écrivants pour leurs mots.

 

  *

 

Travail, tu ne manques jamais.

Il y a toujours assez de travail pour moi.

Tu me cherches partout.

Tu ne me laisses pas le temps de m’ennuyer.

(Tamara)

  *

Travail, je te quitte. Pendant 10 ans, je faisais ce que je détestais. Ca me donne du stress et de la fatigue. Je voulais faire cela beaucoup plus tôt mais je trouvais mille bonnes et mauvaises raisons de ne pas te quitter. Maintenant, j’ai pris ma décision. J’ai remis ma démission. C’est fini. Adieu.

(Andreï)

  *

Travail, je te quitte. Moi, je ne t’ai jamais aimé. Avec toi, j’ai toujours été stressée et fatiguée. Un jour, j’ai retrouvé un autre travail. Je te quitte travail physique pour toujours.

Au matin, quand je viens travailler, je suis de mauvaise humeur. Travail je te quitte. Au CPAS, je bénéficie de la suppression de la taxe TV. Travail, avec toi, je suis toujours fatigué. Sans toi, j’ai du temps pour mes enfants, mes enfants sont contents de moi, et je suis satisfait.

Travail je te quitte.

Pour exister aux yeux du monde, il faut avoir un contrat de travail.

Je ne suis pas sûr de beaucoup de choses mais écrire c’est dire.

Donc je dis : j’adore dormir, je suis trop paresseux pour toi mon travail, peut-être que l’on se verra une autre fois.

Travail tu me manques.

Cher travail, je te fais une petite lettre car j’ai besoin de toi pour avoir une place dans le monde du travail. Cela m’est très important, afin de pouvoir subvenir aux besoins de ma famille, de payer le plus de choses possibles à mes enfants car je ne veux pas qu’ils subissent la même chose que moi, quelque chose que je n’ai jamais pu faire vu le petit revenu de mes parents. Je tiens absolument à travailler dans une équipe où c’est agréable et amical. Au début, je ne savais pas quel travail faire. C’était flou dans ma tête mais j’ai fini par trouver et je me suis lancé en tant qu’éducateur pour les orphelinats car je suis une personne fort sensible et qui aime bien partager son bonheur avec les autres. Je trouve que ces petits orphelins ont besoin de douceur, de tendresse et de recevoir de l’amour. Cela a toujours été mon rêve de réconforter ces petits enfants qui n’ont plus leurs parents. Ils méritent d’avoir de la joie comme les autres. Donc cher travail, j’espère que tu m’accepteras pour ce poste car j’ai plein d’amour à leur donner. Merci. Mes enfants seront tellement fières de moi si j’avais cet emploi. Mais pour ce travail, il faut être compréhensif, patient et attentionné.

Merci. A bientôt cher travail.

(Angélique)

  *

Travail.

 

Et si tu n’existais pas

Dis-moi pourquoi j’existerais

Pour traîner dans un monde sans toi

Sans espoir et sans regrets.

Et si tu n’existais

Je ne serais qu’un point de plus

Dans ce monde qui vient et qui va

Je me sentirais perdue

J’aurais besoin de toi.

Et si tu n’existais pas

Dis-moi comment j’existerais

Je pourrais faire semblant d’être moi

Mais je ne serais pas moi.

Et si tu n’existais pas

Je sais que je t’aurais trouvé

Le secret de la vie, le pourquoi

Simplement pour te créer

Et pour te rechercher…

(Dagmara)

  *

Travail tu me manques.

La dernière fois que l'on s'est vu, ce n'était pas tellement clair. Dans notre équipe, tout le monde avait du respect pour les autres, la vraie vie n'est pas toujours facile mais on s'est battu pour y arriver. On avait notre place. On pouvait partager, soigner, aimer, nous étions arrivés au sommet, notre but était atteint.

Travail, oh travail! ne me réveille pas, tu sais écrire c'est aussi garder une trace d'un instant de ma vie. Oui ma vie avec toi qui me manque tant. Reviens vite car sans toi j'ai difficile à vivre, même parfois à rire.

Travail, ma vie, mon avenir, ma raison d'être, lis vite ces quelques lignes et fais-moi un signe.

(Sandra)

  *

Travail

Chaque jour ressent ma solitude

Un chant monte au loin comme un prélude

Et dans mes rêves je te vois

Mais tu n’es pas là

Travail

Dans la forme des nuages

J’imagine ton image

Que j’ai cherchée tant de fois

Mais tu n’es pas là

Travail

Quand l’Onem m’envoie une convocation

Toujours l’espoir de l’information

Qui me conduira vers toi

Mais tu n’es pas là

Travail

M’intégrer avec toi dans la société

Ressortira toute ma fierté

Je te cherche dans toutes les lois

Mais tu n’es pas là

Travail

Au bout du tunnel t’apercevoir

Un coffre d’offres d’emploi à recevoir

C’est un coffre de rats

Mais toi tu n’es jamais là.

(Bernadette)

  *

J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant d’un travail qui m’aime et qui me plaît. Dommage, mais je me suis réveillé parce que je devais partir à mon vrai travail, dans mon bureau. C’est la vie, il faut travailler pour être bien et gagner sa vie. La vie n’est pas comme ce film avec Di Caprio qui construit sa vie avec sa femme dans son rêve et perd beaucoup de choses de sa vie, même sa femme. Alors, je préfère laisser l’imagination aux écrivains et rester dans la réalité.

 (Andreï)

  *

J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant d’un travail qui m’aime et qui me plaît afin de pouvoir gagner de l’argent, avoir une vie heureuse et pouvoir subvenir aux besoins de ma famille. Le travail qui me plaît est le travail d’équipe car j’aime bien le contact avec les autres personnes, mais pour cela il faut être courageuse, motivée…Afin également de pouvoir vivre paisiblement quand on sera plus vieux. C’est vrai, la vie n’est pas toujours facile mais il faut se battre afin de pouvoir y arriver. A l’heure actuelle, on vit dans la misère si on ne se bat pas. Il faut rester positif et se dire « Je vais y arriver, je veux travailler ! » Plus on avance plus la vie devient difficile ainsi que le travail aussi bien pour les plus jeunes que pour les plus vieux ou les personnes handicapées. Mais en se battant on y arrive. Pour cela, il faut s’entraider les uns les autres.

(Angélique)

  *

J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant d’un travail qui m’aime et qui me plaît. Oui, je rêve ; je suis docteur, j’ai une bonne vie, j’ai ma place, je suis utile, je peux partager, aimer, soigner… Mes enfants sont contents de moi, et je suis satisfaite… Si j’avais 16 ans, je m’efforcerais de réaliser mon rêve, mais maintenant avec mon âge…

Oui, je rêve…

(Dagmara)

  *

J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant d’un travail qui m’aime et qui me plaît. Dans ce rêve, je gagnais assez d’argent, pas beaucoup, pas trop mais assez. C’était un travail ni dur ni fatigant mais très plaisant. Je voudrais vraiment savoir quel travail c’était car ce n’était pas tellement clair dans mon rêve !!!

(Franky)

  *

J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant d’un travail qui m’aime et qui me plaît. Mon salaire de 5000 euros par mois était, pour une raison que je ne connais pas, doublé. Maintenant, je peux tout faire. J’achète ce que je veux, mais c’est très fatigant et cela me donne beaucoup de stress. Mon médecin m’a dit que ce serait mieux pour ma santé d’aller à la retraite. Donc, j’ai suivi son conseil et je suis à la retraite maintenant. Mais comme pensionné, je n’ai pas assez d’argent, et à nouveau ça me donne du stress. Qu’est-ce que je dois faire ? J’ouvre mes yeux, ouf c’était un rêve. Qu’est-ce que je suis heureux d’être chômeur !

Je viens à la vie.

J’espère ne pas être trahie

Mon rêve coiffeuse

Et je suis heureuse

Les posters sur mes fenêtres

Ne peuvent faire que mon bien être

Mes mains dans leurs cheveux

Et ils sont tous heureux

Et moi n’en parlons pas

« Surtout » ne me réveille pas

Ces nouvelles connaissances

Me rappelle mon enfance

Mais ce rêve quelle assurance

Rempli de beaucoup de vacances

Avec toute la famille

Sans oublier les amis

Pas facile ce travail

Conjugué à la vie familiale

Pas plus de sécurité

Non plus de stabilité

Je rêve de ce travail qui m’aime

Et peut-être qu’un jour quand même ...

(Bernadette)

  *

J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant d’un travail qui m’aime et qui me plaît. J’ai choisi un groupe très organisé et discipliné qui tous collaborent. C’est ma famille. Notre affaire s’améliore avec succès. Notre travail inspire le respect à tout le monde. Mais il y a de l’envie. Et cela ne nous arrête pas et ne nous dérange pas. Et voilà, nous sommes au sommet du succès. Mon but est atteint.

(Tamara)

  *

J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant d’un travail qui m’aime et qui me plaît. Moi qui suis une femme qui aime la stabilité, j’étais servie. J’étais là avec la famille, les enfants. Les hommes regardaient le foot à la télévision et ça me tapait sur les nerfs. Quand tout à coup, eurêka, j’étais en train de sillonner ces champs qui sentaient bon le citron. J’étais avec mon fils qui en bon enfant se rendait au karaté. Immobile dans le coin de la salle comme une statue, j’attendais que cela se termine. De retour à la maison, j’attachais plusieurs papiers avec des trombones. Merci, me dit mon mari, sans toi je n’y serais pas arrivée. A ce moment-là, j’ai ressenti une chaleur qui pénétrait dans mon corps, mon cœur et mon âme car j’aimais m’occuper de ma maison, être une femme au foyer. Dans mon rêve, c’était un boulot et mes amis quel boulot ! 365 jours par an, pas de vacances ni de congés de maladie, il faut toujours être en forme même si parfois c’est difficile. Mais tout cela ce n’était pas grave car avec un sourire, regard, un merci c’était un travail fantastique qui m’aimait et qui me plaisait. A mon réveil, j’étais heureuse en pleine béatitude et remplie de questions !!!

(Sandra)

  *

J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant d’un travail qui m’aime et qui me plaît. L’équipe où je travaille est très agréable, amicale et bienveillante. Tout est bien organisé et fonctionne comme un mécanisme dans une horloge : précis, ordonné et net. Je connais bien mon travail. Je suis très compétente. Tout ce que je fais, je l’aime beaucoup alors je le fais avec plaisir. Chacun a sa place dans l’équipe et tout le monde a du respect pour les autres. Au matin quand je viens travailler, je suis de bonne humeur. Parfois, on organise des fêtes où tout le monde participe. Ca se passe toujours très bien, tout le monde s’amuse. J’espère qu’un jour ça se réalisera.

(Guzel)

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