5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 09:08

Voici 5 ans, Olivier Vangoethem, 48 ans, a décidé de « se reprendre en main ». Un tournant dans l’histoire chaotique de cet ex-sans-abri devenu fonctionnaire au SPP Intégration sociale. Son statut ? Expert du vécu en matière de pauvreté et d’exclusion sociale. « Un vrai boulot, sérieux et exigeant », insiste Olivier avec un sourire malicieux.

Avant ça, le bonhomme a roulé sa bosse. « La rue, les maisons d’accueil, pas mal de petits tafs, les cures de désintoxication… J’ai fait le tour. » Un jour, soutenu par son entourage, il décide de sortir de sa « vie de zonard ». « Quand on arrête de boire, il faut bien remplir son temps. » Il bosse alors comme mécanicien dans le cadre d’un PFI (plan formation insertion) et affronte le secteur du travail adapté. « L’exploitation en plein, les aides d’Etat que les employeurs utilisent à fond avant de vous jeter… »

Olivier n’en reste pas là. Il se tourne alors vers la militance (Ecolo, les travailleurs sans emplois de la FGTB…), entreprend un master en politique économique et sociale à la Fopes (UCL), enchaîne les petits boulots… Avant d’aboutir à l’administration fédérale. Une étape pour le moins inattendue. « Tout à coup, j’entrais dans un autre monde… »

Deux CCD, un CDI, et voilà Olivier confirmé dans sa fonction : expert du vécu. Un projet innovant et pragmatique qui consiste à engager des gens dotés d’une expérience personnelle de la pauvreté pour faire le lien entre les administrations fédérales (Maisons de Justice, Onem, hôpitaux…) et le citoyen (lire ci-contre).

Olivier, lui, est détaché au SPF Intérieur. Sa mission : améliorer le système actuel d’adresse de référence afin de permettre aux sans-abri de récupérer leurs droits. Depuis octobre 2010 donc, l’ex-zonard concerte et consulte. « Je suis à la fois le grain de sable et l’huile dans les rouages. »

Avec l’avantage – ô combien précieux – du terrain. « Disons que je n’ai pas un master en SDF, mais je connais les codes et les pratiques ! », se marre Olivier, sans langue de bois, « Il dispose d’un savoir, d’un parcours et de compétences à valoriser dans l’intérêt public », confirme Frédéric Lemaire, coordinateur du projet au SPP Intégration sociale.

Certes, tout ne s’est pas fait du jour au lendemain. « J’ai dû trouver le rythme, résister à la pression de l’administration, trouver une légitimité. Ça m’a demandé beaucoup d’énergie. » Et puis Olivier a revu ses jugements sur les fonctionnaires ronds-de-cuir : « Je vois énormément de gens compétents, volontaires, qui veulent changer les choses mais sont coincés dans le système. »

Le fossé entre l’administration, le politique et les citoyens ? « Il est béant, dit-il. Trop de lois et règlements sont conçus et appliqués par la middle class. Entre le débat au Parlement et le texte final, l’essentiel se perd. » Le service public à l’ère de l’e-gouvernance ? « Le meilleur et le pire. A force de tout simplifier et tout automatiser, on rend les choses plus compliquées. Et combien de gens largués, incapables de lire ou d’accéder aux informations. Arrêtons de considérer les citoyens comme de simples numéros au Registre national ! »

Mais l’expert du vécu ne veut pas baisser les bras. Car la précarité gagne du terrain, « et il faut agir ». « Les pauvres, ça n’est plus seulement ceux que l’on pointe du doigt à la gare centrale. Non, la pauvreté c’est l’affaire de tous. »

Et Olivier de revenir sur sa vie à la rue. « J’ai côtoyé des gens qui avaient de belles situations : un vétérinaire, un concepteur de jeux vidéo… C’est le gars bien installé. Faillite, restructuration, sa femme se barre, il ne peut plus payer les traites, attaque le bon whisky du bar et termine au gros rouge à 2,5 euros le litre. » Et de s’indigner contre cette société qui ne cesse de « fabriquer des exclus » : « Des jeunes qui ont quitté le cocon familial, des femmes seules, des allocataires sociaux traqués… » Et de dénoncer le système « fraudogène » actuel : « On multiplie les statuts complexes plutôt que d’individualiser les droits. On pousse à la fraude et puis on la chasse, où est la logique ? Il n’y a pas plus contrôlé qu’un précaire ! Chaque aide reçue, il faut montrer patte blanche. C’est contraignant et intrusif. Et le système de dégressivité des allocations de chômage, une hérésie ! C’est déplacer le problème vers les CPAS, le travail au noir, le trafic, la prostitution… On veut lutter contre la pauvreté et on va en créer ailleurs. On monte les catégories sociales les unes contre les autres. Diviser pour mieux régner… »

Et Olivier de rappeler les paradoxes du système : « Si tu veux obtenir une aide sociale, t’as intérêt à montrer un frigo vide. Si le lendemain le SAJ passe et que tu ne veux pas perdre la garde de tes gosses, t’as intérêt à avoir un frigo plein. »

A 48 ans, trois enfants et deux petits-enfants (« le plaisir de la paternité sans la responsabilité »), Olivier continue malgré tout à y croire. « Quand mon petit-fils me dira : “Papy, qu’est-ce que tu as fait pour que ça change ?”, je veux être clair. Sans bien sûr y perdre mon âme. »

Si ça ne bouge pas assez à son goût, Olivier s’en ira. Pour aller replanter sa tente place Saint-Lambert à Liège aux côtés des Indignés. Don Quichotte aux yeux couleur « volonté ». Ex-zonard devenu passeur de savoirs.

 

RéreCI

 

Article: lesoir.be

 

Merci Oli et surtout ne lâchons rien

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