2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 08:36

« Quand on manque d’argent, on doit sans cesse réfléchir à des stratégies pour s’en sortir un minimum. La journée de la personne précarisée est un travail à temps plein et même plus qu’à temps plein. C’est du calcul, de l’énergie, de la stratégie. Il faut avoir vécu cette vie précaire pour savoir à quel point une décision banale peut être catastrophique. Un équilibre instable qu’un rien met par terre. Les mutuelles ont cessé, par souci de sécurité, de rembourser en liquide les soins de santé … L’argent est désormais versé sur le compte. Comment faire pour acheter les médicaments que le médecin a prescrits quand on compte sur l’argent du remboursement pour les payer ? Cet argent du remboursement sera au mieux disponible trois jours plus tard. Ou il ira renflouer le découvert bancaire. »

Etiquette « pauvre »

« Et cette étiquette “pauvre” que l’on vous colle est injuste et cruelle. Tomber dans la pauvreté peut aller très vite, c’est une spirale. Une chose en entraîne une autre et ainsi de suite. J’ai eu une enfance normale, une scolarité normale, une vie normale jusqu’à la mort de mon père. Ma mère venait d’avoir un bébé. Il fallait donc l’aider. A partir de là, des fois j’allais à l’école, des fois je n’y allais pas. Sans la mort de mon père, j’aurais sans doute fait le métier dont je rêvais, je serais devenue accoucheuse. »

Accident de la vie

« Il y a des accidents de la vie qui font tout basculer. Et il y a la descente: un détail après l’autre… On n’a pas d’argent à donner à son enfant, on ne sait plus payer la cantine, l’enfant se retrouve isolé. Il décroche. On ne sait plus chauffer correctement son logement. Et, de fil en aiguille, on finit par perdre la garde de son enfant… Comme si on n’était pas un bon parent quand on est pauvre…»

Des projets ?

« Le pouvoir d’achat, ce n’est pas seulement une question d’argent. L’argent permet d’avoir une présentation acceptable, de se soigner, d’avoir des loisirs, du bien-être, une position sociale. Manquer d’argent, c’est être privé de tout ça… C’est ne plus pouvoir se projeter dans l’avenir. Or tout le monde fait des projets: fonder une vie de famille, avoir une maison, partir en vacances, ... Des projets ? Comment en faire quand on ne peut jamais se payer une journée à la mer ? Quand on ne peut même pas se projeter dans ce qu’on aura dans son assiette le lendemain ? »

 

Article: L'Essentiel

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