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Courant 2009 un atelier d’écriture destiné à des TSE (travailleurs sans emploi) s’est tenu à Namur. Le CEPAG en était l’organisateur. Les textes écrits ont par la suite été publiés aux ‘éditions du cerisier’ dans un recueil intitulé ‘Paroles de chômeurs, écrits d’inutilisés’.

Ayant lu le livre et ayant rencontré plusieurs écrivants de cet atelier, l’idée est venue aux membres du groupe des travailleurs sans emploi du Luxembourg d’organiser à leur tour un atelier.

Une demande de subvention a été envoyée à la Ministre Fadila Laanan et la réponse fut positive. Le groupe ayant aussi reçu le soutien du CEPPST et de la FGTB Luxembourg, l’atelier pouvait avoir lieu, du 11 au 15 juillet 2011.

N.B. :pour bien comprendre les lignes qui suivent, ne pas confondre l’animateur de l’atelier (Gérard de Sélys) l’animateur TSE, qui travaille avec le groupe depuis trois ans (Vincent De Raeve).

 

L’animateur, les participants, le thème et le lieu : deux animateurs potentiels ont été retenus ; Christine Van Acker et Gérard de Sélys, membres du réseau des animateurs d’ateliers d’écriture Kalame.

Aprèsavoir rencontré les deux animateurs, les membres du groupe ont choisi Gérard de Sélys.

Christine Van Acker, chômeuse intermittente, a ensuite demandé à participer à l’atelier en tant qu’écrivante au même titre que les autres participants, ce qui a été accepté.

Les écrivants, au nombre de 12, étaient principalement des TSE de la province du Luxembourg, rejoints par un TSE Liégeois et par deux étudiants en économie sociale de l’UCL. Ces derniers, élèves de Christian Arnsperger, avaient été rencontrés lors de la marche faite par le groupe entre Humain et Bruxelles. Les marcheurs avaient été invités par Christian Arnsperger à assister à un de ses cours.

Les thèmes retenus étaient le travail et l’emploi. Il paraissait opportun au groupe de sans emploi d’explorer ces sujets en compagnie d’étudiants, de confronter les points de vue, de s’enrichir mutuellement.

Le lieu choisi a été le centre de partage d’Avioth, pour des raisons de proximité, de philosophie du lieu (accueil de personnes en difficultés diverses),  de tarifs très modestes, et pour la disposition des lieux (vaste gîte et salle de travail attenante).

 

La vie ensemble : l’enjeu principal était évidement l’écriture. Mais c’était aussi l’occasion de cohabiter dans des espaces communs pendant une semaine. Cinq personnes étaient extérieures au groupe, ce qui était aussi la possibilité de se confronter à l’extérieur, à de nouvelles manières de penser.

Les repas, préparés par l’animateur TSE étaient pris en commun. Les menus avaient été élaborés par le groupe, en fonction d’un budget serré, et les courses avaient été effectuées par le groupe également.

Une liste quotidienne des tâches (épluchage, vaisselle, mise et rangement de la table …) était affichée et chacun inscrivait son nom librement.

Les relations entre les écrivants ont été réellement très bonnes pendant toute la semaine. Les participants semblaient ravis d’être présents, les horaires (déterminés par le groupe) tout à fait respectés et le partage des tâches s’est fait de manière harmonieuse.

Le groupe a aussi pu découvrir le centre de partage, son époustouflant jardin, la basilique Notre Dame des Champs (immense dentelle de pierre gothique flamboyant surplombant le petit village), et surtout rentrer en contact avec les personnes résidant au centre. Les écrivants avaient la possibilité de se joindre à elles pour participer aux tâches (entretien du jardin …). Cette participation était tout à fait facultative mais plusieurs se sont proposés.

La météo était de la partie la première partie de la semaine ce qui a permis de prendre la plupart des repas sous les pommiers du verger attenant.

Les personnes hébergées du lieu et quelques extérieurs ont été invités le jeudi soir à assister à une lecture, par les écrivants, d’une partie des textes. Une comédienne de la région a aussi testé son nouveau spectacle, sur la finance et les monnaies complémentaires, durant cette soirée.

 

Devant l’écriture : les plages horaires consacrées à l’écriture étaient importantes (09H30-12H30 et 13H30-17H30). L’animateur de l’atelier, très exigeant, donnait les consignes, situait l’exercice et s’en suivaient des temps d’écriture plus ou moins longs (15 mn à deux heures) en fonction des exercices. Les gens écrivaient soit dans la salle, soit s’isolaient dans le gîte ou dans le jardin. Ensuite le groupe se réunissait à nouveau pour passer à la lecture à haute voix, par chacun des participants, de son texte. L’animateur de l’atelier commentait enfin chacun des textes, chacune des lectures.

L’objet de l’atelier n’était pas d’améliorer l’orthographe ou la grammaire des écrivants. Seul comptait le texte, la capacité à dire quelque chose du monde, de son monde, avec des mots écrits. Cependant, en fin de journée, après 17h30, les personnes ayant des difficultés orthographiques travaillaient en binôme avec une autre personne maîtrisant bien l’orthographe et encodaient les textes ainsi revus sur PC.

La plupart des participants n’avaient jamais été confrontés à l’écriture, surtout de manière si intense. Deux des écrivants se sont retrouvés en situation de blocage complet, qui a duré entre deux et trois jours. Impossibilité d’écrire, impossibilité de lire ses productions à haute voix devant le groupe. L’envie de quitter l’atelier, le fait de ne pas se sentir à leur place ont été exprimés. Le soutient du groupe, le courage de ces deux personnes et les interventions en tête à tête par l’animateur de l’atelier ont eu raison de ces blocages. Les deux personnes concernées ont manifesté, à la fin du stage, une grande fierté à avoir surmonté ces difficultés.

Le travail d’écriture a donné naissance à de nombreux textes, parfois très forts. A plusieurs reprises l’émotion était palpable lors des lectures à haute voix. Mais le savoir faire de Gérard de Sélys a permis de ne jamais se diriger vers une ‘thérapie de groupe’. Il ramenait sans cesse aux mots, au travail d’écriture.

 

Ce que les participants en ont retiré et quelles suites donner à cette expérience : lors de la dernière journée, l’après-midi a été consacré, d’abord à un tour de table où chacun a pu donner ses impressions, son vécu, ensuite à filmer en plan fixe la lecture de deux textes choisis librement dans leur production par chacun des participants qui le désirait. Vous retrouverez ces images sur notre blog en ‘sixième semaine’.

Il est difficile, en tant qu’animateur du groupe, de comprendre exactement le vécu de chacun, mais les sentiments exprimés lors du tour de table final étaient très forts. Celui de fierté, de plaisir à avoir écrit, dominait. Il semble que ce type d’expérience désacralise l’acte d’écrire, le rende abordable.

Plusieurs participants ont dit avoir eu des périodes d’écriture (journaux intimes …) dans leur vie, mais avoir depuis cessé cette pratique. Ils ont ajouté qu’ils pensaient que l’atelier allait leur permettre de recommencer. Ce qu’ils m’ont confirmé depuis.

Plusieurs autres ont dit avoir écrit (autre chose que des documents administratifs ou une liste de course) pour la première fois de leur vie.

La plupart semblaient étonnés de la qualité de leur travail, d’avoir pu écrire d’aussi bonnes choses, aussi fortes.

Les écrivants pu expérimenter la merveille du travail d’écriture, cette merveilleuse calamitée. Même si ce n’est pas le but, c’est hautement thérapeutique. Coucher les mots sur le papier, coucher son histoire et enfin la voir mise à distance. Et ensuite se la réapproprier par la lecture, digérée, revisitée, débarrassée d’une bonne dose de culpabilité.  On se sent plus fier, plus léger. On grandit.

Nicolas Errante, du journal ‘Syndicats’ nous a fait l’honneur de sa visite et a consacré une page entière à l’atelier.

Christine Van Acker, dont on a parlé plus haut, est également réalisatrice d’émissions de radio (avant pour la radio publique Belge, maintenant dans le cadre d’une ASBL). Ses émissions sont souvent diffusées sur La Première, dans l’émission ‘Par ouïe dire’. Elle a enregistré l’entièreté des ateliers. Le dernier jour, elle a demandé à chacun des participants de dire ce qu’il voulait, pendant quelques minutes, seul dans une pièce face à l’enregistreur. De ces matières est née une émission de 52 minutes qu’elle nous a présentée depuis lors d’une de nos réunions. L’émotion face à son montage était palpable. Christine, généreuse, nous fait cadeau de son émission, que vous pourrez entendre sur notre blog en ‘septième semaine’.

Gérard de Sélys, dans la même générosité, nous fait cadeau de ses consignes, que vous trouverez également sur le blog. Une invitation à écrire vos propres textes.

Suite à l’atelier, un ‘comité de lecture’ composé de gens du groupe et d’extérieurs au groupe a été chargé de relire l’entièreté des textes produits et d’en sélectionner la substantifique moelle.

Le groupe est fier de vous présenter son travail. La voie de l’internet n’a pas été la seule retenue pour partager leur expérience. Plusieurs projets sont en cours :

-          Réalisation de folders, prospectus, avec une partie des écrits (a diffuser dans les manifs, les gares …).

-        Réalisation d’affiches reprenant une partie d’un ou l’autre texte, à exposer ou à balader en homme sandwiches.

-          Idée de se servir des fenêtres des bureaux de la régionale et des bureaux de chômage pour afficher des extraits des textes.

-          Idée ‘d’interventions urbaines’, une après-midi, investir une place, un parc, tentes, lectures publiques, distribution folders …

-          Nous travaillons également à nous retrouver à nouveau à Avioth, cet été 2012, pour construire la maquette d’une publication reprenant les textes écrits durant l’atelier et durant la marche …

 

Comptez sur nous pour vous tenir au courant !

 

Les membres de la CRTSE Luxembourg.

 

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